Connect with us

MIND

Coronavirus : Liberté et confinement

Non, ce n’est rien de tout ça. J’ai enfin compris, il y a quelques heures à peine, pourquoi je me sentais si bien.

Je me sens tout simplement libre.

Il fallait que j’écrive cet article car je viens d’avoir une sacrée révélation. Depuis que le confinement a été décidé, je ressens comme un apaisement profond qui va a l’encontre de l’humeur générale du pays. Quand j’ai peur, je fais généralement partie de ces individus dont la réaction incontrôlée est de mettre une distance maximale avec leurs émotions. Ainsi, quand la peur me gagne, je suis comme vide, anesthésiée. Jusqu’à ce que, évidemment, je retrouve mes sens, quelques temps plus tard, et sois alors globalement, dans l’incapacité de les contrôler, me laissant aller à de belles angoisses.

C’est pour cette raison que je me suis demandée, l’espace d’un instant, si je n’étais pas en train de réagir de la sorte. Ou peut-être était-ce une ultra-rationalité qui m’aidait à bien vivre ces moments, grâce à l’idée selon laquelle de telles mesures nous mènent forcément vers du « mieux » et que nous devons donc en être soulagés. Ou bien suis-je simplement fataliste et apte à accepter l’issue d’un tel cauchemar, quelle qu’elle soit.

Non, ce n’est rien de tout ça. J’ai enfin compris, il y a quelques heures à peine, pourquoi je me sentais si bien.

Je me sens tout simplement libre.

Je suis en recherche d’emploi depuis deux mois déjà. C’est une situation que je vis plutôt mal, moi qui suis d’ordinaire si positive.
Le confinement ne va, pour ainsi dire, pas perturber mon quotidien mais ce qui va drastiquement changer, c’est que je n’éprouverai cette fois plus de culpabilité. Plus de culpabilité à me laisser aller à mes « vices » qu’on m’a parfois – souvent ? – reprochés.

Je suis une personne relativement extravertie et si, en société, mon énergie est à son paroxysme, j’ai aussi besoin de beaucoup, beaucoup de calme dans mon quotidien pour recharger mes batteries. C’est une partie de moi dont j’avais à peine conscience, jusqu’à il y a peu, lorsqu’une psychologue me l’a fait remarquer.

Ce que j’aime ? Dormir. Beaucoup. J’aime prendre mon temps pour cuisiner puis partager mon repas avec mon amoureux. J’aime prendre un café, puis deux. J’aime réunir un semblant de courage pour faire un peu de sport. J’aime me balader, faire des activités, mais à la cool, sans les enchaîner. J’aime regarder des films, des séries, relire cent fois le même bouquin. J’aime me coiffer, me maquiller et passer une heure devant le miroir. J’aime les siestes. J’aime aussi, par dessus tout, voir mes amis et ma famille, dans l’espoir de partager avec eux les moments que je viens de citer. Les seules activités « productives » auxquelles je m’adonne, vues par la société comme des passe-temps qui valent à peu près la peine, sont l’écriture et le dessin. Rien qui donne à l’autre l’impression de me voir physiquement « m’activer ».

Si, habituellement – entendez par là : « quand je bosse » – ma façon d’occuper mon temps libre laisse les autres relativement indifférents (et encore ! Un week-end passé uniquement à dormir, manger et mater des séries, ce n’est pas toujours bien vu ! ), tout change dès lors que je pratique ces mêmes activités en étant au chômage.

Car si la recherche d’emploi occupe de nombreuses heures dans ma semaine, il y a bien un moment où il n’y a plus rien après quoi courir, où toutes les offres ont été vues et toutes les candidatures envoyées. Et c’est pendant ces périodes vacantes que s’abat sur moi un lourd poids. Celui que nous sommes tant à porter, quand on devient chômeur.

Car, alors, ces activités que j’aime tant deviennent difficiles à assumer, et je peux lire le jugement dans le regard de certains.
« Elle fait encore la sieste ? Elle devrait pas plutôt chercher du travail ? »
« Ben dis donc elle se refuse rien à sortir comme ça, alors qu’elle a même pas de boulot ! »
« C’est pas en se levant à cette heure-là qu’elle risque de trouver un emploi ! »
En fait, on ne me les dit pas souvent ces phrases. Mais il suffit d’une fois ou deux pour forcer la culpabilité à se frayer un chemin dans votre esprit. Et on remet alors tout en question. J’en finis même par douter le fait que les gens me croient vraiment lorsque je leur parle de ma recherche active d’emploi, certaine, qu’au fond, ils pensent que je ne fais pas assez d’efforts et me laisse aller à la paresse. Puisqu’après tout, c’est un mot qui définit bien mes goûts personnels non ? Certains diraient « tranquillité » , oui. Mais d’autres diraient « paresse », à coup sûr.

Alors pourquoi ce confinement change t-il tout aujourd’hui ? Parce que les activités que j’aime sont désormais socialement acceptées, étant quasi les seules à portée de main de millions de citoyens. Et parce que tout le monde sait bien que désormais, si je ne réponds pas à des offres d’emploi, c’est parce qu’il n’y en a plus et, cette fois, je sais qu’on me croit. Parce que si je dors jusqu’à 11h, personne n’y verra de problèmes puisqu’il n’y a plus, maintenant, « que ça à faire ». Parce que je peux bien passer une heure à écrire un article qui ne m’apportera ni boulot, ni argent, puisque, de toutes façons, « il faut bien s’occuper ».

Et je me sens libre. Je me sens libre car, pour la première fois depuis deux mois, je ne subis aucun jugement et n’ai plus à porter de culpabilité, même si je sais qu’une bonne partie de cette culpabilité ne découle pas de ce que pensent, réellement, les autres mais de l’idée que j’ai de l’opinion qu’ils se font de moi.

Aujourd’hui, je suis confinée, mais je me sens libre.

Aujourd’hui, je suis confinée, mais je me sens libre. Et je comprends aussi que je m’impose ce manque de liberté psychologique, plus que je ne le subis réellement. C’est une leçon. Je vais tenter d’en tirer les bonnes conclusions. En toute liberté.

Newsletter

Click to comment

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

code

Tendance

Hear Jack White Sing Blondie’s ‘One Way or Another’ From Unearthed Cassette

FOOD

Taylor Swift sent a powerful message to people who underestimate young voters

LIFESTYLE

James Murdoch seen as favorite to replace Musk as Tesla chair

MIND

Drake, Ed Sheeran and Eminem Are Spotify’s Biggest Artists Ever

FOOD

Articles récents

Commentaires récents

Facebook

Étiquettes

Newsletter

Copyright © 2020 TwentyNine Magazine

Newsletter